Le rêve de Rachel... ou du moins, c'est ce qu'on devrait dire.
Avec la disparition de son pouvoir, Raudnea avait retrouvé son état d'origine.
Des maisons en ruine s'alignaient, la végétation poussait à perte de vue...
Un village abandonné et dévasté s'étendait à perte de vue.
Voulant faire quelque chose face à ce spectacle triste, j'ai passé une journée à nettoyer le village.
Et j'ai fait des tombes pour tout le monde...
« Je m'en vais. »
Après avoir salué une dernière fois les habitants du village, nous avons quitté Raudnea.
***
Nous fîmes avancer la carriole en direction de l'est.
À l'aller, nous n'avions pas pu passer par le village de la Tribu des Esprits, mais au retour, c'est différent.
Il paraît qu'il y a une porte à environ trois jours de marche, et nous visions cet endroit.
« Dis... on utilise complètement le village des Esprits comme moyen de transport, c'est vraiment bien ? »
« Ça ne pose pas de problème. Si ça peut être utile à Rain, le Vieux cooperera volontiers. »
« Quoi qu'on en dise, le Vieux a pris Rain en affection. Même si on utilise le village comme moyen de transport, il s'en fichera probablement. »
« Hum. C'est ce qu'on appelle un tsundere. »
C'est... vraiment le cas ?
Luna dit assez souvent n'importe quoi.
Bon, Sora dit la même chose, alors ça doit être vrai.
Cela dit.
« Jiii. »
Je sens un regard venir de l'arrière.
Tout en faisant attention au cheval et en tenant fermement les rênes, je jette un coup d'œil derrière moi.
« Jiii. »
Mon regard croise celui de Rifa.
Elle sort juste son visage et me fixe intensément.
« Euh... Rifa ? »
« Quoi ? »
« Tu as quelque chose à me demander ? »
« Non, rien de spécial. Pas de conversation non plus. »
« Alors, pourquoi depuis tout à l'heure... »
« Ne t'en fais pas. »
« Même si tu me dis de ne pas m'en faire... »
Depuis la sortie du village, c'est comme ça en permanence.
Quand je m'en rends compte, je sens le regard de Rifa.
Au début, je me suis demandé si elle voulait boire mon sang... mais apparemment non.
Ça n'a pas l'air lié à son impulsion vampirique, elle me suit constamment des yeux.
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Aucune idée ni de la raison, ni de la cause.
« Nyaa... ça serait peut-être... »
« À surveiller de près. »
Pour une raison quelconque, Kanade et Tania étaient sur leurs gardes.
Vraiment, qu'est-ce que c'est ?
***
Le crépuscule.
Comme il ne fallait pas forcer, Rain et sa compagnie arrêtèrent la carriole dans un endroit avec une belle vue et commencèrent les préparatifs du bivouac.
Ils se divisèrent en trois groupes : un pour la nourriture et l'eau.
Un pour l'installation du camp.
Un pour poser des pièges en guise de mesure contre les monstres.
Les préparatifs avançaient ainsi... mais...
« Hé hé, Rifa. »
Kanade, partie en quête de nourriture et d'eau, interpella Rifa qui était dans le même groupe.
Il y avait aussi Tania, Tina et Iris.
« Quoi ? »
« Aujourd'hui... ou plutôt, depuis un petit moment, tu regardes Rain tout le temps. Pourquoi ? »
« Je sais pas. »
« "Je sais pas", hein... toi aussi. Y a bien une raison pour que tu regardes Rain, non ? »
« Mais... je sais pas. »
Apparemment, elle l'ignore vraiment.
Rifa, d'habitude si peu expressive, fronçait les sourcils avec une mine perplexe, ce qui était vraiment rare.
« Quand je m'en suis rendu compte, je suivais Rain des yeux. Pas de raison. »
« Hum hum. À ce moment-là, c'est quoi comme sensation ? »
« Je sais pas... un sentiment que j'ai jamais ressenti jusqu'ici. »
« Oh ho. »
Tina ricana.
« Depuis quand est-ce devenu comme ça ? »
« ...Depuis que j'ai vu Rain se séparer de sa famille. »
À la question d'Iris, Rifa répondit après une légère hésitation.
« Le Rain que je connais est toujours fort, il ne montre jamais ses larmes. Un guerrier admirable. Mais... »
Rifa porta doucement la main sur sa poitrine.
« Le Rain de ce moment-là avait l'air terriblement triste. Terriblement seul. »
« ...C'est exact. »
« Rain n'est pas omnipotent. Quand c'est dur, c'est dur. En comprenant ça... comment dire ? Je sais pas bien l'expliquer, mais j'ai commencé à penser que je voulais faire quelque chose. »
L'émotion que Rifa éprouve ressemble à de l'instinct maternel.
Elle croyait que Rain était un être parfait.
Mais ce n'était pas le cas, il ne diffère en rien d'un humain quelconque.
Il a des points faibles, et verse des larmes quand c'est dur.
En apprenant ce fait, Rifa a voulu faire quelque chose.
Elle veut arrêter ces larmes.
Elle veut être là quand c'est dur.
Elle veut le protéger.
... C'est ce genre d'émotion.
Simplement, comme Rifa a une personnalité très "à son rythme", elle ne comprend pas du tout cette émotion.
C'est pourquoi elle ne fait que suivre Rain des yeux...
Ça s'arrête à le suivre, elle ne fait rien de plus.
Elle ne peut rien faire.
« C'est... comment dire... »
« Haa, c'est pas possible. »
Face à Rifa d'une maladresse extrême, Kanade et Tania poussèrent un soupir.
Tina et Iris souriaient en coin.
« Écoute, Rifa ? »
Tania mit les mains sur les hanches et parla comme une institutrice à un enfant.
« Moi, je connais la vraie nature de l'émotion que tu portes en ce moment dans ta poitrine. »
« Vraiment ? C'est quoi ? »
« Sans détour... c'est de l'amour ! »