Malgré l'imprévu, le voyage d'entraînement prit fin.
Nous rentrâmes à Horizon et nous détendîmes tranquillement à la maison.
« Ahh, y'a pas à dire, notre maison c'est la meilleure »
« Effectivement. Une cuisine dont on a l'habitude, c'est ce qu'il y a de mieux ! »
En regardant vers la cuisine, je vis Tina et Luna préparer le déjeuner.
Fondamentalement, les repas étaient leur domaine.
Je trouvais pas terrible de leur laisser toute la charge, j'aurais voulu instaurer un roulement…
Mais bon… ça aurait posé problème, tu penses pas ?
Avec un roulement, Sora aurait eu son tour aux fourneaux…
À l'unanimité… surtout grâce à l'opposition farouche de Luna, la cuisine resta leur prérogative.
« Nyafoo… »
« Nnnuu… »
Sur le lit du salon, Kanade et Tania faisaient la sieste.
Leurs queues respectives ondulaient doucement, l'air parfaitement confortables.
C'est probablement parce qu'elles sont de retour à la maison pour la première fois depuis longtemps qu'elles sont aussi détendues.
Les autres aussi, chacun de leur côté, profitaient tranquillement du moment.
« Au fait… »
Je ne voyais ni Nina ni Nokhia-san. Je me demandais ce qu'elles faisaient.
***
Nina et Nokhia se trouvaient sur la colline derrière la maison.
D'habitude, Kuu et Kou sont avec Nina et ne la quittent pas…
Mais là, les deux n'étaient pas là.
Nina avait demandé à s'absenter pour une discussion importante, alors on les avait laissées seules.
« Alors, qu'est-ce qu'il y a ? »
« Euh… »
Lorsque Nokhia lui parla doucement, Nina posa les yeux sur sa poitrine avec une aire de mendier de l'affection.
Elle voulait sûrement qu'on la prenne dans les bras.
Le devinant, Nokhia écarta les bras en signe d'invitation.
Pourtant, Nina se retint.
C'est elle qui avait réclamé cet entretien pour une chose importante.
Ce n'était pas le moment de se laisser aller.
« Euh, tu vois… ? J'aimerais… demander conseil à Maman… »
« Un conseil ? De quoi s'agit-il ? »
« Et ben, comment dire… aou »
Visiblement incapable de structurer sa pensée, Nina fit une mine embarrassée.
Mais Nokhia ne s'énerva pas.
Elle attendit les mots de sa fille, un doux sourire aux lèvres.
« Pas la peine de te presser. Et tu n'as pas non plus à chercher à bien tourner tes phrases. Dis simplement ce que tu penses, ce qui te tracasse. »
« Mmh… merci, Maman »
Nina sourit largement.
Pour ce sourire, elle ferait n'importe quoi.
Nokhia ressentit à nouveau tout l'amour qu'elle portait à sa fille.
« Ce que je veux demander… c'est à propos de Rain… »
« De Rain-san ? »
« Euh, euh… ? Dernièrement, c'est bizarre… Depuis que je suis avec Kuu et Kou, quelque chose est… bizarre… »
« Bizarre… ? »
Ne comprenant pas ce que Nina voulait dire, Nokhia pencha la tête.
« Kuu et Kou… ils vont bien. Ils ont été sauvés grâce à Rain… Ah, Maman aussi a fait de son mieux, ça… je l'ai pas oublié, hein ? »
« Je vous en prie. »
« Mais Rain, il s'est vraiment, vraiment donné à fond… mmh. À y repenser, il fait toujours de son mieux… Et du coup, récemment, moi je suis bizarre. Quand je regarde Rain, je suis bizarre… »
Comme si elle disait « C'est peut-être ça », Nokhia fit une mine d'avoir saisi quelque chose.
Nina ne semblait pas s'en rendre compte et continuait, à tâtons, à mettre des mots sur le sentiment encore flou qui l'habitait.
« J'ai la poitrine qui chauffe… Et je suis contente… Je me mets à sourire bêtement… Ma queue, elle bouge toute seule, toute molle… C'est quoi, ça ? »
« C'est… Je vois, c'est ça. »
Apparemment, Nina croit à un malaise physique, elle est un peu agitée.
Mais comme elle n'a pas de miroir, elle ne peut pas le vérifier.
Son visage n'est pas inquiet.
Maintenant, Nina a les joues roses et le regard mouillé.
Une expression douce, et sucrée.
« … Rain-san est un homme bien péché, tout de même. »
« Péché ? Rain, il est méchant ? »
« Non, pas dans ce sens. Euh… »
Nokhia réfléchit.
Le sentiment que Nina éprouve.
Cette émotion incompréhensible, déstabilisante, c'est sans aucun doute de l'amour pour Rain.
On ne peut pas rire en disant qu'elle est encore une enfant.
On ne peut pas décider que ce n'est qu'une illusion passagère.
D'ailleurs…
Elle a été capturée par le fils d'un seigneur tyrannique, réduite en esclave, et Rain l'a sauvée.
Il a toujours été gentil avec elle, lui a offert des sourires.
Il a retrouvé sa mère disparue et lui a rendu la mémoire.
Après tout ça, ne pas tomber amoureuse serait anormal.
Nina, du fait de son jeune âge, n'en avait pas conscience, mais son cœur a probablement été volé depuis bien longtemps déjà.
« Nina, pas la peine de t'inquiéter. Ce que tu ressens maintenant, c'est quelque chose de très beau. »
« Vraiment ? »
« Oui. Nina, tu es tombée amoureuse de Rain-san. »
« Rain… depuis longtemps déjà, je l'aime… »
« C'est l'amour qu'on porte à sa famille. Mais là, Nina, c'est l'amour pour un homme. Comment dire simplement… C'est le "j'aime" le plus spécial au monde, le "j'aime" unique. »
Nokhia ne nia pas les sentiments de sa fille.
Elle ne la brusqua pas sous prétexte qu'elle est jeune.
Elle la traita comme une femme à part entière, sur un pied d'égalité…
Et elle décida de la soutenir pour que cet amour aboutisse.
C'est le rôle d'une mère.
Déjà plusieurs femmes ont confessé leurs sentiments à Rain, mais Nokhia s'en moque.
Nokhia est une espèce suprême, l'éthique humaine ne s'applique pas à elle.
Qu'un seul homme épouse plusieurs femmes, c'est chose courante.
« Un "j'aime" spécial ? Mmh… je pige pas trop »
« C'est vrai… Alors, Nina, tu m'aimes ? »
« Mmh. Maman, je t'aime fort. »
« Et Kanade-san et les autres ? »
« Tout le monde, je les aime. »
« Alors, Rain-san ? »
« … J'aime. »
Rouge de honte, se tortillant, Nina le dit d'une toute petite voix.
Alors qu'elle faillit fondre devant la mignonnerie de sa fille, Nokhia s'efforça de garder son calme.
« Tu as vu que chaque "j'aime" est différent ? »
« Mmh… vaguement, oui. »
« Pour l'instant, tu ne le vois peut-être pas clairement. Il te faudra peut-être du temps pour comprendre. Mais ce "j'aime" là, c'est quelque chose de très important. N'oublie pas, chéris-le pour toujours, d'accord ? »
« Mmh… »
Nina acquiesça énergiquement, le sourire aux lèvres…
Puis elle se jeta dans les bras de Nokhia et se laissa aller à toute la tendresse maternelle.