« Ah…… J'ai sommeil…… »
Le lendemain matin.
Je descendis du lit en laissant échapper un grand bâillement.
Au final……
Après ça, j'ai repensé à Rain et j'ai veillé tard comme une folle, sans vraiment dormir.
J'aurais bien voulu dormir jusqu'à midi, mais si je faisais ça, on se demanderait ce qui m'arrive.
« Fwaa… »
Encore un bâillement, et je quittai la pièce.
« Bonjour »
En arrivant au salon, je tombai nez à nez avec Rain.
« B… bonjour ! »
Wah.
Ma voix a flanché.
Je ne m'attendais pas à réagir comme ça……
Comment dire… C'est juste que…
Une fois face à Rain, j'ai eu soudain honte…
Et je me suis mise à paniquer.
« Hm ? Qu'est-ce qui t'arrive, Tania ? »
« Ri, rien du tout. Oui, vraiment rien. »
« Vraiment ? J'ai l'impression que tu n'es pas comme d'habitude… »
Pourquoi est-il si perspicace juste dans ces moments-là !
« C'e… c'est pas ton imagination ? Je suis comme d'habitude, moi. »
« Ah bon ? Enfin… »
« Qu… quoi ? »
« T'as le visage rouge ? Tu n'aurais pas attrapé un rhume, par hasard ? »
« Hyaa !? »
La main de Rain sur mon front !?
C'était frais, mais agréable…
Et en plus, Rain me fixait droit dans les yeux…
Aah.
Arrê… arrête de me regarder comme ça…
Comment dire… C'e… c'est embarrassant, je deviens hyper consciente, moi.
Je le suis déjà assez, mais si en plus je dois le devenir encore plus…
Je vais finir par mourir de honte.
Moi, une dragonne, qui en arrive là…
Redoutable, l'amour !
« Hum… Un peu chaud, mais ça a pas l'air d'être un rhume. Qu'est-ce que c'est ? »
« C'e… c'est pour ça que je te dis qu'il n'y a rien. Tu t'inquiètes trop, Rain. »
« Je m'inquiète, c'est normal. Puisque c'est toi, Tania. »
« !? »
Il… il dit ce genre de trucs si facilement !
Est-ce qu'il se rend compte à quel point une fille peut avoir le cœur qui bat la chamade avec une réplique comme ça ?
Moi… Rain, à l'avenir, tu vas pas faire pleurer les filles, toi ?
C'est ce que je pensais sérieusement.
« Nyaa… »
Tout à coup, je remarquai que Kanade nous fixait intensément.
« Oh. Kanade, bonjour. »
« … Un. Bonjour, Rain. Tania. »
« Bonjour. »
« Unyaa… »
« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu fais une drôle de tête. »
« … Non, c'est rien. »
***
Le petit-déjeuner fut terminé.
Aujourd'hui, rien de prévu.
Je comptais me reposer dans ma chambre pour me calmer, mais…
« Hé hé, Tania. »
Sur le chemin de ma chambre, Kanade m'appela.
« Hm ? Quoi ? »
« Tu as un moment ? J'ai un truc à te dire. »
« Oui. Dans ma chambre, ça te va ? »
« Un. Merci. »
De quoi veut-elle parler ?
Intriguée, j'invitai Kanade dans ma chambre.
« Tu veux du thé ? »
« Tania sait faire du thé !? »
« Pourquoi t'es surprise !? »
« J'étais sûre que c'était le rôle de Sora… »
« C'est impoli. Ne me mets pas dans le même panier que l'esprit fabricant de cuisine immonde. »
En disant des choses d'une impolitesse monumentale, je m'installai sur le lit, Kanade sur la chaise.
« Alors, de quoi tu voulais parler ? »
« Euh… un, c'est à propos de ça… mais… unyaa… »
Kanade fit une expression indescriptible, le regard fuyant, hésitante.
C'est un sujet difficile ?
Mais je n'ai aucune idée de quoi il s'agit.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as un truc à dire, non ? Pas la peine de te gêner, parle franchement. Sinon, ça va me travailler. »
« … Un. Bon, alors, je me lance ? »
Kanade prit un air sérieux… et, pour une raison quelconque, les joues rouges, elle ouvrit doucement la bouche.
« Tania… tu es tombée amoureuse de Rain ? »
« Gah !!!? »
Une réplique totalement imprévue jaillit, je poussai un cri bizarre et me renverse sur le lit.
« Na, na na na na… !? »
« Ah… Ta réaction. C'est bien ça, alors. »
J'essayai de faire semblant, mais c'était trop soudain, je paniquai et ne pus retrouver mon calme.
Voyant ça, Kanade en fut convaincue et me lança un regard étrangement doux.
« Tania aussi, tu es tombée amoureuse de Rain. »
« Ce, cec… c'est pas vrai… hein… "aussi" ? »
« Nyaaha… »
Kanade, l'air embarrassé, se gratta la joue du bout des doigts.
« Est-ce que… toi aussi, Kanade, tu aimes Rain ? »
« Hm… oui. »
Les joues teintées, Kanade hocha la tête.
« Es… est-ce que vous… sortez déjà ensemble… ou un truc comme ça ? »
« No, no, no, pas du tout !? C'est encore très, très loin… »
« Ah bon… ouf. »
C'est méchant pour Kanade, mais je soulagai.
« Donc, toi aussi, Rain… depuis quand ? »
« Hm… quand maman est venue, tu te souviens ? À ce moment-là, Rain a fait n'importe quoi, et je l'ai soigné, non ? C'est à ce moment-là que… j'ai pensé… que je l'aimais bien. »
« Ah… je vois. »
« Et toi, Tania ? »
« Moi… ben, tu t'en doutes, c'est tout récent. L'autre fois, quand Rain s'est mis en colère pour moi… et après, on a beaucoup discuté… c'est à partir de là, je crois. »
« C'est ça… »
« Voilà… »
« … »
« … »
Un silence s'installa.
Mais pas de malaise.
Comment dire…
Il y avait comme une complicité, celle que seuls partagent ceux qui sont tombés amoureux de la même personne.
« Tania… tu vas faire quoi ? »
« Qu… quoi faire ? De quoi tu parles ? »
« Ben… avouer tes sentiments, ou un truc comme ça ? »
« Ko !? »
Devant une idée à laquelle je n'avais pas du tout songé, je poussai un cri de poulette.
Avouer… avouer à Rain…
J'imaginai la scène dans ma tête…
Et je me tordis sur place.
C'est honteux !
C'est méga honteux, là !!?
Au combat, je n'ai peur de rien…
Mais pour un aveu, je suis à ce point déstabilisée !?
« Nyaa… À voir ta tête, t'es comme moi, impossible de le faire tout de suite, hein. »
« Ur, urusai… c'est juste que, quand vient le moment, c'est honteux… et toi, Kanade aussi ? »
« Un. Je me dis que j'aime trop Rain, mais dès que je pense à l'aveu, je n'arrive pas à franchir le pas… nyaa, je suis peut-être une froussarde. »
« C'est pas vrai, non ? Moi aussi je suis pareille… donc… je crois que je comprends ce que tu ressens, Kanade. »
« Ehehe, merci. Tania. »
« Ceci dit… toutes les deux dans la même équipe, et amoureuses du même garçon… comment on fait ? »
« Faut rien faire, non ? »
« Quoi ? »
« On peut pas contrôler le fait de tomber amoureuse… et si on l'est, ben on l'est, c'est tout. Donc, je veux pas m'en faire plus que nécessaire, ou plutôt, je veux pas me prendre la tête… hm, nyan ? »
En parlant, elle sembla s'embrouiller et pencha la tête sur le côté.
En la voyant comme ça, je trouvai ridicule d'avoir pensé que ça pourrait devenir tendu entre nous.
« Alors… ça veut dire qu'on est rivales, à partir de maintenant. »
« Nyaa… rivales… »
« Je ne perdrai pas. »
« Moi non plus ! »
Souriantes, nous scellâmes ce pacte par une poignée de main.