« …… »
J'ai saisi Raiha fermement et j'ai scruté son visage.
Une respiration paisible.
Son teint n'était pas mauvais non plus.
Il semblait que j'avais bien dosé ma force ; elle était simplement inconsciente.
Restait-elle sous contrôle ?
Ou l'évanouissement avait-il levé l'emprise ?
Impossible de savoir.
Mais si elle était encore manipulée, alors absolument……
« Hé, Rain ! Par ici ! »
Je me suis retourné. Un peu plus loin, Axs et les autres s'étaient regroupés et nous faisaient signe.
Ils avaient réussi à percer l'encerclement.
« Compris, j'arrive tout de suite ! »
Portant Raiha solidement sur mon dos.
Puis, j'ai jeté un regard aux sectateurs.
« … Souvenez-vous-en. »
Dans ce genre de situation, je devais garder mon sang-froid, mais c'était plus facile à dire qu'à faire.
Toujours est-il que sans perdre de vue ce qu'il y avait à faire, nous nous sommes précipités vers la voie de fuite qu'Axs et les siens avaient ouverte.
***
« Ça va ? »
« … Ouais, ça va. On a l'air de les avoir semés. »
« Tant mieux… *hou* »
Un soupir de soulagement m'a échappé naturellement.
Être pourchargés, ça use l'esprit, c'est certain.
D'autant plus qu'il fallait aussi protéger Raiha.
Néanmoins, on était parvenu à leur filer entre les doigts.
On pouvait souffler un peu.
« Je compte sur vous pour la surveillance des alentours. Il suffit d'aboyer si quelque chose se passe, d'accord ? »
« Gau ! »
J'ai conclu un contrat temporaire avec une meute de loups qui se trouvait là et leur ai confié la garde.
Ensuite, je suis revenu vers les autres.
« Merci, Rain-kun. D'avoir assuré la surveillance. »
« Remerciez plutôt eux. Tiens… si vous leur donnez de la viande plus tard, je pense qu'ils seront ravis. »
« D'accord, je ferai ça. »
« Mais oui, Rain-san, on a été bien aidées par votre présence. Rien qu'entre nous, on aurait dû assurer la surveillance nous-mêmes, forcément. »
« Si on peut la confier à des bêtes, tout le monde peut se reposer. »
« Vraiment, c'est le Beast Tamer à tout faire. »
« Arrêtez, vous me mettez mal à l'aise… Plus sérieusement, discutons de la suite. »
Distribuant des gourdes à tout le monde, j'ai lancé la conversation.
« Ce n'est pas parfait, mais on a pu comprendre dans une certaine mesure la vraie nature des sectateurs. C'est une grande avancée, mais… »
« D'où est-ce qu'ils sortent, ces types ? Nos infos n'auraient pas fuité quelque part, par hasard ? »
« Hmm… L'idée que la Guilde nous ait trahis, c'est difficile à imaginer. Elle peut être en lien avec des criminels, mais face à des sectateurs… le risque est trop élevé et le retour trop maigre, je trouve. »
« Et l'hypothèse qu'ils étaient des sectateurs dès le départ, qu'en pensez-vous ? »
« Des espions, en gros. »
« Ce n'est pas impossible… Mais dans ce cas, ils auraient dû agir avant qu'on ne mette la main sur les infos de la maison Dragloss. Or, ils ont bougé après. Leur démarche est à moitié faite, quoi. »
« Mmh, c'est vrai, ça. »
« Rain-kun, tu en penses quoi ? »
« Let's see… »
J'ai réfléchi.
La scène que j'avais vue dans les sous-sols de l'Église me est revenue en mémoire.
« … Peut-être qu'un piège avait été tendu. »
« Un piège ? »
« Un truc qui détecte les intrus et donne l'alerte… genre ça. Du coup, les sectateurs ont débarqué en catastrophe ? »
« Je vois… C'est possible. »
« Mais y'avait un truc comme ça ? Et puis, s'ils pouvaient installer un piège, ils n'avaient qu'à brûler tous les documents de là-bas dès le début, non ? »
« Ils n'ont peut-être pas voulu faire de vagues ? Bouger maladroitement risquait d'attirer l'attention de quelqu'un. De là, leur identité aurait pu être découverte. Alors ils se sont contentés de poser un piège. »
« C'est l'explication qui tient le mieux… Mais on n'a aucun moyen de vérifier si c'est le bon. »
« On peut pas lui demander, à cette gamine ? »
Axs a regardé Raiha, qui dormait à côté de moi.
Raiha dormait paisiblement.
Une respiration douce.
À en juger par son apparence, rien d'anormal, mais on ne savait pas quand elle se réveillerait.
Et la possibilité qu'elle soit encore sous contrôle ne pouvait être écartée.
« Pour Raiha, on n'a pas d'autre choix que d'observer. »
« C'est ça. De toute façon, on peut pas forcer. On joue la sécurité. »
« Oui, c'est le mieux. »
« Approuvé. »
« Et… on fait quoi maintenant ? On a plus aucune piste. »
Face à la question de Chocolat, j'ai eu envie de me tenir la tête.
L'Église marquée sur la carte.
Les informations qu'on y avait trouvées, c'était tout ?
N'y en avait-il pas d'autres, laissées quelque part ?
À y réfléchir, il n'y avait pas de fin, mais l'anxiété, elle, ne voulait pas partir.
« … Et si on essayait d'appâter le piège ? »