« Tous, sans exception, portent leur lot de souffrance. Alors, tu me demandes de l'endurer ? De pardonner aux humains qui m'ont arraché l'être le plus cher ? »
« Non, ce n'est pas ça ! Seulement... »
Mes mots n'atteindront plus Reinhardt, c'est certain.
Sa détermination... et ses sombres pensées ne s'arrêteront pas.
Je le comprends, et pourtant, les mots ne cessent de jaillir.
Mes sentiments débordent, et je lui jette tout à la figure.
« Tu n'es pas seulement ça, bordel ! »
« ... ! »
« Tu n'as pas vécu en ne pensant qu'à la colère, qu'à la vengeance ! »
S'il n'avait été qu'un simple vengeur, je ne lui aurais pas adressé la parole.
Je m'en serais foutu.
J'aurais pu simplement le frapper en tant qu'ennemi.
Mais...
Il n'est pas seul.
Il y a Mitsuki, Ariéru, Mona, Ophélia.
Il a des compagnes, il est chéri...
Et Reinhardt, lui aussi, doit les chérir profondément.
Il suffit de le regarder pour comprendre ce lien qui les unit.
« Il faut regarder les vivants, les chérir, avancer avec eux ! Tu n'es pas seul, putain... »
Je sais que dire ça maintenant ne sert sans doute à rien.
Je comprends qu'on est arrivé à un point de non-retour.
Pourtant, je ne peux pas me taire.
« Pourquoi, pourquoi... ! Pourquoi n'as-tu pas pensé à tes proches en premier ! »
« C'est le résultat de mes réflexions, ça ! »
« Non, ce n'est pas ça ! Je voulais que tu penses à ceux qui sont encore en vie, toi ! »
Tout est trop tard.
C'est fichu.
Mais les mots ne s'arrêtent pas.
Les sentiments continuent de déborder.
Pourquoi...
Pourquoi est-ce que ça a fini comme ça, bon sang ?
« Même pour assouvir ta vengeance, ne pense pas qu'à ça... Pense aussi à tes compagnes ! »
Autrefois, je n'ai pas nié la vengeance d'Iris.
Finalement, on a dû se battre, mais j'ai affirmé sa haine.
Reinhardt lui ressemble.
La tristesse, la colère d'avoir perdu l'être aimé, je les comprends.
C'est naturel de ne pas pouvoir pardonner.
« Mais tout porter tout seul, bordel ! »
S'il avait compté sur ses compagnes, s'il avait pris soin d'elles... peut-être qu'un autre chemin existait.
« C'est vrai... J'ai des compagnes. Des compagnes qui me sont trop précieuses. Mais... mais Zero n'est plus là ! Elles ne sont pas Zero ! Moi, je... »
« Putain... Arrête de te foutre de ma gueule ! »
La vengeance de Reinhardt, je la comprends.
J'y fais même preuve d'empathie.
Mais cette phrase-là, je ne peux pas l'accepter.
« Tu es trop prisonnier des morts ! À cause de ça, tu ne vois pas les compagnes qui sont là, devant tes yeux, tu ne penses qu'à celle que tu ne reverras plus ! »
« C'est parce que je l'aimais plus que tout ! »
« La tienne, c'est juste de la fuite !! »
À cet instant, j'ai enfin compris.
La vengeance de Reinhardt n'est pas portée par une volonté féroce comme celle d'Iris.
Ce n'est pas non plus quelque chose qui s'est accumulé comme chez Edelweiss.
À la racine, il y a juste le refus d'accepter le vide laissé par la perte de l'être aimé.
Pour le masquer, pour le combler, il laisse sa haine s'emballer.
... C'est sans doute une forme, elle aussi.
Une forme humaine.
Je ne peux pas la nier.
Je ne peux pas l'effacer.
Mais.
« Tes paroles sont belles, justes sans doute... Mais ne crois pas que la justesse résout tout ! »
« Je ne suis pas la justice, putain. Pas de grande cause non plus. Je suis juste... »
Je revois les visages de tous ceux que j'ai croisés jusqu'ici.
« ... Juste un égoïste ! »
« Qu... »
« Parce que je ne peux pas l'accepter, parce que je veux que les choses aillent comme je l'entends, je me bats. Ma justesse, personne ne peut la prouver. La justice, personne ne peut la prouver. Alors je ne fais qu'imposer mon égoïsme, c'est tout. »
Je ne peux pas prononcer le mot justice, même par erreur.
Je ne me crois pas dans le vrai.
Mais face à ce que Reinhardt s'apprête à faire, je ne peux pas fermer les yeux, je ne peux pas l'accepter.
Même en pliant mon opinion, je ne peux pas l'accepter.
Alors je me bats.
Pour imposer ma volonté.
« Je protégerai ce qui m'est cher ! C'est pour ça que je piétinerai tes sentiments ! »
« Kuh, hahaha... ! C'est bon, c'est clair ! Alors moi aussi, j'irai jusqu'au bout de ce que je dois accomplir ! »