'Hein ?'
Après avoir lu la mission, j'ai tout de suite pensé à un certain arbre.
La première preuve que le printemps arrive et que l'hiver s'en va.
Sa fleur s'ouvre même en hiver.
'Le prunier.'
Et c'est à son fruit que je pensais.
'L'extrait de prune est un digestif naturel !'
Il est utile non seulement contre les somnolences, mais aussi contre les petites coliques.
En plus, si on le dilue dans de l'eau et qu'on le boit, il désaltère et redonne même de l'énergie, donc n'importe qui manie l'épée l'aimera forcément.
Il doit avoir soif, après l'entraînement.
'Si je lui prépare une boisson à la prune avec de la glace, alors…'
Je crois que ce serait formidable.
J'ai jeté un coup d'œil à Son Altesse le prince et à Sollip, qui étaient en pleine conversation, puis j'ai remué les doigts sous la table.
'Je crois avoir vu un prunier sur le chemin. Alors il y a peut-être des prunes cueillies l'été dernier et rangées dans une réserve.'
Mais la prune, est-ce que je peux m'en servir comme je veux ?
J'ai penché la tête.
Et puis, je voudrais demander combien de temps je peux rester ici, mais je ne peux pas interrompre la conversation qu'ils avaient.
Parce que ce serait impoli.
'Est-ce que je devrais envoyer Sophia le lui demander plus tard ?'
J'ai attendu longtemps.
En tenant mon verre d'eau à deux mains et en le sirotant, j'ai profité de la chaleur du soleil.
Il faut que je sois patiente et que je savoure ce moment.
'Ça fait du bien.'
J'ai failli m'endormir, mais au bout d'un moment, Son Altesse le prince s'est levé le premier.
« Bon, allons-y. »
« Vous allez où ? »
« J'ai beaucoup de travail. »
Prise de court, je suis vite descendue de ma chaise et j'ai couru vers lui. Puis je me suis plantée devant lui et je lui ai barré le passage.
« Oh là. »
C'est maintenant. Il faut que je le lui dise tout de suite.
Ce n'est pas une bonne idée de le retenir, son temps est précieux.
« Alows… »
« La princesse Alexandra ne pourra pas quitter son palais pendant un mois. Tu n'as pas à craindre que quelqu'un vienne te malmener. »
Ce n'est pas du tout ce que je voulais demander.
Bien sûr, c'est un peu rassurant de l'entendre confirmer encore une fois de la bouche du prince.
'Mais combien de temps est-ce que je peux rester ici ?'
Je voulais le lui demander parce que ça m'inquiétait, mais j'avais l'impression que si je posais la question, j'obtiendrais la réponse que je ne voulais pas.
Parce que le prince n'a même pas dit qu'il ferait de moi sa fille.
Après un peu d'hésitation et de tergiversations, je me suis décidée.
Et avec des yeux très, très brillants, j'ai joint les mains et j'ai lancé de la voix la plus adorable possible :
« … Votwe fille ! »
« Ma fille ? »
À cette question, j'ai de nouveau levé la main et j'ai demandé :
« Pouw voiw si je suis à la hauteuw, quand est-ce que je peux passew le test ? »
« Ah. »
'Vous ne l'avez pas oublié, quand même ?'
Même si j'ai « Wynn » pour deuxième nom, les plus puissants des Wynn sont assurément le prince et ses fils.
En dehors de moi, il y a beaucoup d'autres membres de la famille impériale qui ont hérité du nom des Wynn.
Mais il n'y avait aucune maison capable de m'accueillir et de me servir de soutien fiable.
'Avoir le même deuxième nom ne veut pas dire qu'on est du même côté.'
Au bout du compte, nous sommes tous rivaux.
Tout le monde se dispute une meilleure position.
Voilà pourquoi on m'a laissée seule jusqu'à mes quatre ans.
'Personne d'autre chez les Wynn n'a même songé à venir m'aider.'
Il a été la première personne à me venir en aide.
C'est pour ça que je devais m'accrocher à lui.
...
Le grand corps du prince était baigné de soleil.
J'ai eu le trac un moment, mais il a doucement penché la tête et il m'a répondu.
« Un enfant qui joue bien est un bon enfant. »
« … Jouew ? Pas étudiew ? »
« Oui, jouer, tout simplement. Il fait beau, alors ce serait bien d'aller jouer dans le jardin. »
Je ne sais vraiment pas si c'est acceptable.
Au moment où j'allais demander s'il y avait une autre épreuve, j'ai compris quelque chose.
Mieux valait faire ce qu'il disait plutôt que de me rendre la vie difficile.
Alors ne venez pas me gronder plus tard parce que je n'étudie pas !
« Tu veux étudier ? »
« Non ! »
Quand il a posé une question comme celle-là, j'ai répondu aussitôt.
J'ai secoué la tête, de peur qu'il ne me force à étudier.
Alors le prince a retroussé les lèvres et m'a caressé les cheveux.
« On me fera demain un rapport sur la façon dont tu as joué. Alors amuse-toi bien aujourd'hui. »
« Oui. »
… J'ai du travail, cet après-midi.
'Il faut que je prépare cette boisson à la prune.'
Je ne peux pas perdre une minute de plus !
Peu après, le prince est parti avec Sollip, et moi, restée seule dans le jardin, j'ai tout de suite couru là où j'avais vu le prunier.
« Princesse ! Si vous courez comme ça, vous allez vous faire mal ! »
« D'accowd ! »
« Vous devez faire attention ! »
« Oui ! »
J'ai couru si fort que mon cœur cognait comme un fou.
'Je crois qu'il ferait vraiment un très bon papa.'
Héhéhé.
Mon corps fragile s'est fatigué au bout d'un moment, mais ce n'était pas grave, parce que je pouvais me reposer contre un arbre.
J'ai remercié l'arbre qui me donnait de l'ombre, puis je me suis allongée.
L'herbe sent bon.
J'aime aussi l'odeur du soleil.
Depuis combien de temps ne m'étais-je pas sentie aussi heureuse ?
'… Ou peut-être pas.'
Mon cerveau suit l'instinct de mon corps, ces jours-ci. Alors penser à des choses compliquées me donnait mal à la tête.
C'était pénible, d'être une enfant.
J'ai fermé les yeux très fort, pour essayer de me calmer.
'Il faut que j'en fasse un père gaga de sa fille !'
Ensuite, je pourrai résoudre un tas de missions tout à mon aise et rentrer chez moi.
C'est un chantier dont je devais m'occuper !
Le premier pas de mon plan sournois, c'était de préparer la boisson à la prune.