Le cœur maintenu dans la gueule de la vigne subit soudain une absorption massive. Il enfla considérablement jusqu'à combler toute l'ouverture. Comme un bouchon, il obtura sa bouche.
Un liquide s'écoula du fait de la blessure de la vigne et forma un canal par lequel le cœur commença à pomper sa force vitale !
La vigne de niveau deux sentit que la situation tournait mal et son corps se mit à tressaillir. Elle voulut se libérer, mais plus elle s'efforçait, plus l'aspiration s'intensifiait.
Si quelqu'un avait observé de côté, il aurait été stupéfait par ce qui se produisait. Deux vaisseaux de la taille d'un doigt poussèrent depuis ce cœur humain et une lumière rouge y brillait. Quelques points blancs étaient transportés à travers les vaisseaux et le cœur pour revenir dans le corps de la Rousse.
À mesure que ces points blancs pénétraient, le cristal blanc de la vigne s'assombrit. Ses contorsions faiblirent jusqu'à ce que tout mouvement cesse.
La Rousse, qui ne bougeait pas, se redressa d'un coup. Les deux bêtes, comprenant que quelque chose n'allait pas, reculèrent et fixèrent l'humaine avec stupeur.
Le visage de la Rousse était couvert de saleté, ce qui masquait des traits qui auraient dû être doux mais n'étaient que grisâtres. Elle regarda la vigne, molle et effondrée sur sa poitrine, l'en retira simplement avant de la jeter négligemment sur le côté.
Son regard se posa sur sa poitrine ouverte et elle fut saisie. Elle referma ensuite son propre corps, puis se releva.
Les deux monstres se dévisagèrent et virent la férocité monter dans les yeux de l'autre. Ils reculèrent sur les flancs et lancèrent une attaque contre la Rousse.
Ils frôlaient le niveau trois et ne leur manquait qu'un peu d'énergie vitale. C'est pour cela qu'ils n'avaient pas lâché la plante mutée. Voyant un humain bien supérieur, naturellement, ils ne reculeraient pas.
Toutefois, l'odeur de cet humain était différente.
La réaction de la Rousse fut un peu lente. Bien qu'elle ne sache pas pourquoi elle était en vie, son état n'était pas bon. Elle n'esquiva pas du tout et fut plaquée au sol. Les dents acérées des deux monstres s'enfoncèrent dans son corps et lui arrachèrent un énorme morceau de chair.
Les yeux de la Rousse bougèrent et elle vit le monstre sous son cou. Elle ne réfléchit pas et le mordit. Cela fit jaillir le sang.
Le monstre ne s'attendait pas à ce que l'humain riposte. D'ordinaire, à ce stade, l'humain ne serait-il pas mort ?
Mais la douleur intense ne lui laissa pas le temps de s'attarder sur ce problème. Il fit un pas en arrière et voulut quitter le corps de l'humain.
Pourtant, son ventre lui parut glacial. Il réalisa que la main difforme de l'humain s'était enfoncée dans son estomac et avait broyé ses intestins. Le monstre hurla et sa force vitale fut drainée.
La Rousse en suça le sang et profita de l'autre bête qui hurlait de rage pour y plonger les mains dans le ventre. Elle la déchira en deux et le sang gicla, recouvrant son corps.
L'étrange, c'est que le sang semblait avoir atterri sur une éponge. Il s'infiltra dans son corps et ses blessures se refermèrent à une vitesse terrifiante.
Ses vêtements la mettaient très mal à l'aise et elle les déchira tous. Elle se leva et, en l'espace d'un instant, une faible lumière se répandit depuis son corps et se mêla au sang, soignant la plupart de ses blessures.
En ce court laps de temps, elle était bien plus alerte qu'auparavant et elle regarda l'autre monstre qui tentait de fuir.
Ses lèvres agréables s'ouvrirent et elle rugit. Son corps fulgura et elle se retrouva juste à côté du monstre, ses mains se plantant dans son cou.
Le monstre fut terrifié et bondit sur le côté. Il n'aurait pas été normal qu'il ne réalise pas que quelque chose n'allait pas. Quand il vit sa proie et son allié mourir, il eut enfin peur et se tourna pour fuir.
La Rousse se situait entre un évolué à deux étoiles et un évolué à trois étoiles et, en termes de défense, elle n'était pas loin d'une forme de vie de niveau trois.
Avec la perle d'âme, le cristal démoniaque de niveau trois, ainsi que le sang de Ye Zhongming et de la vigne mutée, sa force avait majoritairement récupéré. Voyant le monstre vouloir s'échapper, elle le rattrapa et s'élança sur lui. Elle n'hésita pas à mordre son cou.
Il cria et la sensation du sang aspiré hors de l'artère lui glaça l'échine. Il essaya de se débattre, mais eut l'impression que l'humain poussait sur lui et qu'il ne pouvait plus bouger du tout.
Dix secondes… trente… une minute…
Le monstre s'arrêta. Ses membres étaient sans force, étendus là. Il tenta d'expirer, mais on ne voyait pas d'inspiration. Il paraissait bien plus petit et son pelage s'était terni. C'était comme un morceau de viande séchée qui aurait perdu toute son eau.
La Rousse se redressa et tourna la tête. Elle vit un type dont le corps était couvert de sang et qui avait un trou dans le ventre. Il avait aussi des blessures et des entailles tout autour.
Ces entailles étaient si profondes qu'on apercevait l'os et ça ressemblait à l'œuvre d'une arme tranchante. Même un œil était fendu en deux.
Ce qui était effrayant, c'est que dans certaines blessures de son visage, des tentacules blancs s'étiraient. Si on ne regardait pas de près, on aurait dit des champignons qui poussaient.
Son corps se tordit et son œil restant se posa sur la Rousse, brillait d'une lueur bizarre.
« Humain… Humain… Moi, j'ai besoin… De toi. »
Sa tête explosa soudain. Une chose blanche saillit et ressemblait à une minuscule pieuvre. Au moment où elle toucha le sol, elle se transforma en une lumière blanche qui fonça sur la Rousse.
Elle s'accrocha à son visage. Les tentacules devinrent un foret terrifiant qui perça son visage et fonça vers sa tête.
Elle trébucha. Bien qu'elle ne ressentît ni douleur ni aucune sensation, elle savait que les tentacules atteignaient son cerveau.
Le tentacule cria d'excitation face à la chance qu'il avait de trouver un nouvel hôte. Il deviendrait même plus fort grâce à ce médium. Il se vengerait et ferait payer cette personne !
Mais soudain, son corps gela. Ses yeux regardèrent la Rousse avec terreur tandis que ses tentacules verdissaient. C'était comme s'il faisait face à un ennemi tandis qu'il tentait de toutes ses forces de reculer.
Il « vit » une gemme rouge et blanche dans la tête de cet humain qui tournait. Quand ses tentacules la touchèrent, une partie de sa force vitale fut aspirée !
La Rousse, qui ne pouvait plus bouger, retrouva sa force. Elle attrapa la chose blanche avec un regard confus.
« Laisse… Laisse-moi… Partir… S'il te plaît… »
La pieuvre émit un cri unique et espéra que cet étrange compagnon la laisse partir. Mais elle fut déçue. Elle vit quelque chose qui avait une apparence humaine mais n'était pas humain du tout.
La Rousse secoua la tête et regarda le monstre blanc qui souffrait dans sa main. Elle ne savait pas du tout ce que c'était.
Elle utilisa un cheveu pour toucher son visage criblé de trous par les tentacules. Pour une raison inconnue, elle fut furieuse et attrapa ce type à deux mains avant de le rouler en boule et de le fourrer dans sa bouche en le mâchant.
« Non !!! »
Une pensée étrange apparut dans son esprit et deux silhouettes apparurent sur le mur !
………………………………………………………………………………………………
À ce moment-là, Ye Zhongming, loin dans le donjon, ressentit quelque chose. Il se retourna et regarda dans la direction d'où ils venaient. La barrière du donjon bloquait son champ de vision.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Liang Chuyin vit son expression blême et lui saisit la main, l'interrogeant avec inquiétude.
« Je… Je vais bien. »
Ye Zhongming voulut dire quelque chose, mais réalisa qu'il ne savait pas ce qui se passait. À cet instant, il eut l'impression de retrouver un lien avec la Rousse.
Mais ce ne fut qu'un court instant et la connexion était si faible qu'il en doutait. Était-ce réel ou venait-il de sa trop grande concentration depuis son entrée dans le donjon ?
Ye Zhongming resta là et ferma les yeux pour tenter de la percevoir, mais au bout d'un moment il abandonna. Il secoua la tête et eut l'impression que c'était dû à son trop grand nervosisme.
Il se retourna et reprit les jumelles. Il regarda vers les montagnes de cristal bleu qui culminait à deux cents mètres et étaient entourées d'air rouge.