« Aaaahhh ! »
La première vague fut un hurlement collectif d’agonie !
Après une interminable série de cris, ils retrouvèrent enfin leurs esprits et réalisèrent qu’ils n’étaient pas morts.
« Quoi… putain… »
« Je ne suis pas mort, bordel ? »
« J’suis toujours vivant ! »
« Merde ! Attends, je n’étais pas déjà coupé en deux ? C’était un rêve ? On rêve ? »
Ils jacassent bruyamment.
Ces gens venaient de renaître après la mort, comme sortis d’un songe.
Dans un état second, ils confirmèrent les uns après les autres qu’ils vivaient toujours.
Très vite, rappelés à l’ordre par les autres, leurs regards se tournèrent un par un vers Kumilony.
Au seul instant où elle apparut.
Bang !
Ils s’effondrèrent à genoux, s’inclinèrent jusqu’à terre, cognant leur front avec violence contre le sol !
« Pour la grâce du retour, merci infiniment ! »
« Pour la grâce du retour, merci infiniment ! »
…
Ils saluèrent Kumilony, la vénérant telle une déesse.
Lu Cang comprenait assez bien pourquoi Iz affirmait que tant que Kumilony était là, il serait presque impossible de mourir, même en cherchant à le faire.
Elle était vraiment… d’une force absurde.
Bien qu’il ne sût pas grand-chose sur le métier de soigneur, il savait pourtant que la capacité de rendre vie aux morts était extrêmement rare dans ce monde.
Surtout pour un homme aussi prudent que Lu Cang, le réveil des morts relevait tout simplement des talents de rang divin de ses rêves.
« J’pouvais plus aller au-delà. » Le visage de Kumilony n’affichait aucun soulagement, seulement de l’impuissance.
« Certains étaient morts depuis plus de vingt minutes. »
Iz : « C’est déjà très bien. »
« Au moins, on a sauvé beaucoup de gens. »
« C’est ma faute si j’ai mis autant de temps à revenir. »
Chicheng : « Mais il y a d’autres villes sur le chemin. Tu comptes pas les regarder pourrir sans faire quelque chose… »
Iz se tut et ne répondit pas.
En réalité, la vaste majorité l’avait été.
La plupart avaient péri sous les dégâts collatéraux du combat qui venait d’opposer Lu Cang à Nie Ye.
Seule une faible poignée était morte avant.
Deux aventuriers de niveau 5 avaient même été ramenés à la vie.
Mais les deux autres étaient décédés plus tôt.
Il n’y avait rien à faire pour eux.
De toute façon, Kumilony avait atteint sa limite.
Elle ne pouvait pas réanimer à l’infini ; le nombre de vies rapatriées était limité… En ramener autant l’avait déjà poussée au bord de son quota du jour.
Même en se forçant, c’était tout ce qu’elle pouvait faire aujourd’hui.
…
Les événements de la journée avaient littéralement vidé chacun sur le plan physique comme mental.
Lu Cang sombrait dans un sommeil des plus profonds.
Il ignorait depuis combien de temps il dormait.
À son réveil, le ciel était obscurci.
Lu Cang se rappelait vaguement qu’au moment où il s’était laissé tomber, le soleil pendait déjà bas à l’ouest.
Une journée complète ?
Lu Cang fixa l’horloge mécanique de précision.
La date s’affichait en dessous.
Treize septembre.
Ça faisait bel et bien un jour entier.
La Lune des Moissons du mois était arrivée en avance, le phénomène céleste ayant fait surface sur la peinture à rouleau le 29 août.
Le jour où il était allé voir Pali, l’invasion par la marée bestiale avait eu lieu ; c’était le 12 septembre, soit hier.
Lu Cang se leva du lit.
【Profession — Niv. 2 mage / Niv. 1 prêtre de la Mort】
Ce n’était donc pas un rêve.
Tout ce qui s’était passé la veille restait gravé dans ses mémoires.
Ses réserves comptaient toujours les âmes mortes de deux cent mille défunts. Avant de regagner l’hôtel, Lu Cang avait d’ailleurs rapporté le détail complet de la situation à Iz, à Kumilony et aux autres.
Kumilony avait examiné son corps.
Aucune pollution spirituelle n’avait été détectée.
Quant au métier de prêtre de la Mort et à la question de Meisai, Iz et compagnie lui avaient dit qu’il serait largement temps d’en discuter une fois sorti du coma.
Il avait changé de classe en raison de circonstances particulières.
Son geste était compréhensible.
Après avoir reçu la réponse d’Iz et des autres, la pierre qui pesait sur son cœur s’était finalement déposée.
C’est ainsi qu’il sombra dans un sommeil des plus paisibles.
Il ouvrit les yeux.
Il fit sa toilette.
En enlevant son chemisier, il constata que ses muscles étaient déjà bien dessinés.
S’il avait fait dix centimètres de plus, on aurait pu dire de lui que c’était un beau gosse au dos large.
Il baissa les yeux pour examiner plus attentivement.
Hum, malgré son jeune âge, sa croissance imprévue n’était pas si mal.
Il descendit les escaliers.
Iz attendait dans le hall.
Oh, ce sentiment familier était franchement nostalgique.
« Réveillé ? »
« Ouais. »
« Tout le monde t’attend. »
« Ils m’attendent tous ? »
« T’es la vedette du jour. »
« Moi ? »
« Haha, évidemment que oui. T’as sauvé tout le bourg de Rhein. »
« Haha… ouais. » Le sourire de Lu Cang était quelque peu gêné.
En réalité, il n’avait cessé d’envisager la fuite.
Face à cette bestiole dont il ignorait même le nom, sa première pensée avait également été de bolarder.
Si la chose ne l’avait pas poursuivie, il se serait probablement tiré à toutes jambes vers d’aussi lointains horizons.
Lu Cang réfléchit un instant, puis finit par répondre : « Sans moi, le cercle magique que vous aviez tracé aurait tenu bon. Une fois que tu aurais vaincu la créature, Kumilony aurait pu les ramener de l’autre côté. »
Iz secoua néanmoins la tête. « Si tu n’étais pas intervenu, le Roi des Insectes Aliénés aurait massacré tous les habitants. »
« Même Kumilony n’aurait pas pu ressusciter autant de monde… »
« Et retrouver les corps aurait pris un temps fou. »
Lu Cang : « Ah, je vois. »
Cette bête s’appelait donc le Roi des Insectes Aliénés ?
Effectivement, même s’il ne comprenait pas pourquoi elle s’acharnait sur lui, cette fixation lui avait épargné un bain de sang parmi les civils.
Les rares victimes accidentelles avaient toutes été rapatriées par Kumilony.
Même si sa motivation première était toujours la préservation de sa peau.
Par pur hasard des destins croisés, il était malgré tout devenu le héros venu sauver la mise.
« Lu Cang. »
« Hum ? » Lu Cang leva les yeux vers Iz.
« Je ne sais pas ce que tu te passais la tête, ni quelles pensées traversaient ton esprit à ce moment-là. »
« Mais en tout cas, tu as sauvé tout le monde. »
« Tu as fait ce que je n’aurais pas su faire. »
« Peu importe ce qu’il y avait derrière, tu es le héros du bourg de Rhein. »
Iz.
Tes mots sont en fait plutôt touchants, dis donc.
Même si je n’ai aucun remords, je trouve juste que devenir un héros pareil manque un peu d’ironie.
Ensuite, je vais quand même devoir accepter les récompenses qui me reviennent légitimement. S’ils m’ont fait attendre, je pense bien que je les ai envoyés promener.
Tous deux arrivèrent devant la Guilde des Aventuriers.
À peine eurent-ils franchi le seuil.
Un cri assourdissant fusça-t-il !
« Lu Cang ! »
« Lu Cang ! »
« Lu Cang ! »
Chicheng trônait debout sur une table, le verre de vin levé bien haut. « C’est l’heure de la fête ! »
« Pour notre immense héros du bourg de Rhein ! Poussez un hourra pour le sauveur Lu Cang ! »
Merde…
À qui appartenait cette sacrée fête !
Pourquoi c’est toi qui gueules depuis une table !
« Toute la note ce soir, c’est notre héros, le roi Lu Cang, qui règle la copie ! »
« Wahoû ! »
« Vive Lu Cang ! »
« Roi Lu Cang ! Roi Lu Cang ! Roi Lu Cang ! »
Des cordes saillaient sur ses tempes.
Hé ! Depuis quand les héros paient l’addition !
Mais avant que Lu Cang ne puisse broncher,
un calice venait déjà de se coller contre ses lèvres.
« Le héros est en place ! Tout le monde, montez dans les tours ! Hourrah ! »
« Festoyons ! »
« Fêtons le triomphe ! »
Clang ! Le tintement des verres retentit !
Chicheng passa un bras autour des épaules de Lu Cang, se pencha et murmura à son oreille : « Règle celle-là, la prochaine fois je t’amène dans un coin cool, mais cache ça à Kumilony et aux autres. »
Hé… Chicheng, tu parles pas de ce que je crois que tu parles, quand même…
Atchoum.
Ce n’est pas que j’aie envie d’y passer, mais puisqu’on m’a propulsé dans un autre monde,
découvrir les mœurs et coutumes locales devrait être une étape incontournable.
L’ambiance explosa instantanément !
Il sembla que seule une journée avait suffi à ces aventuriers frôlant la mort quotidiennement pour retrouver le moral.
Merde !
Attends !
Chicheng, pourquoi tu descends ton pantalon ?
Une tablée oblige à sortir le Slip et à le balancer sur le comptoir, maintenant ?