【Mur Ouest du bourg de Rhein】
Une fois l’assassin neutralisé, Lu Cang retourna sur le champ de bataille, préoccupé et soucieux.
Il n’avait franchement pas envie de revenir, mais le guerrier l’en avait convaincu.
« Si tu retournes sur le front maintenant, il y a aussi des observateurs pour suivre de près les mouvements de l’assassin. »
« Nous viendrons aussi à ta rescousse en temps voulu. »
« Si tu pars maintenant, tu seras tout seul. »
« Face à un assassín, être un mage isolé est plus périlleux que de rester ici. »
Il était parvenu à le convaincre.
À l’instant même, sans l’avertissement de l’observatrice, sa réaction aurait été d’un battement trop tardive.
Les conséquences auraient été inimaginables.
Mis à sa place, l’assassin ne demanderait qu’une chose : le voir sortir du champ de vision des observateurs pour foncer seul.
Il ignorait combien de temps il pourrait garder ses esprits éveillés.
Mais il imaginait aisément que fuir isolément ne ferait qu’augmenter les risques.
Au final… il ne partirait pas.
Merde, il ne voulait vraiment pas mêler sa vie à ce genre d’affaire mortelle.
J’en ai déjà massacrés autant que possible ; j’ai rempli ma mission, tu vois.
C’était ce qu’il se disait…
Puisqu’il était revenu, autant faire quelque chose tant qu’il restait. En dehors de tuer des ennemis, que pouvait-il bien faire ? Il ne pouvait pas rester là les bras croisés, quand même ?
L’observatrice se tenait derrière lui, totalement concentrée sur la situation environnante. Moindre mouvement suspect et elle lui signalerait immédiatement.
Et en raison de ce qui venait de se passer, deux défenseurs de niveau quatre étaient venus flanquer Lu Cang : un à gauche, un à droite, le gardant comme deux statues gardiennes.
Les défenseurs de niveau quatre devaient accompagner les équipes pour éliminer les monstres de troisième palier et ne pouvaient pas se permettre de dégarnir leur rangs.
Les aventuriers de haut niveau étaient effectivement rares.
Surtout les défenseurs ; ils n’étaient que deux à atteindre le quatrième palier.
…
Sous les remparts, la mer de feu faisait rage une nouvelle fois.
« Tu sais ce qu’est un nid ? »
demanda-t-il à l’observatrice derrière lui.
Elle restait immobile derrière lui, les mains jointes dans le dos.
« Parles-tu des huit grands Nids du monde ? »
« Peut-être. »
« Pour les Nids, il n’existe que des légendes… aucune confirmation concrète. Tu veux que je te raconte ? »
« Oui, dis-moi. »
« La légende parle des sept Nids anciens, les premiers et les plus anciens donjons. »
Lu Cang : « Ne venais-tu pas de dire huit ? »
« Parce que les sept Nids font en réalité huit au total. L’un d’eux est un Nid jumelé, qui compte pour deux. »
Lu Cang : « …Continue. »
Lu Cang aurait bien voulu objecter, mais s’en tint loin par fainéantise.
« Ces sept Nids sont appelés l’Origine des Monstres. On dit que toutes les marées monstrueuses du monde en jaillissent… »
« Il existe un dicton qui veut que si ces sept Nids étaient détruits, tous les monstres du monde disparaîtraient. »
Lu Cang demanda : « Donc, ils n’ont toujours pas été anéantis ? »
L’observatrice secoua légèrement la tête. « Non seulement ils n’ont pas été anéantis, mais on n’a même pas encore trouvé leur trace. »
Hein… On n’a même pas trouvé leur existence ?
La légende était racontée avec tant de vivacité. Écoutant son explication si argumentée, Lu Cang avait failli y croire.
« Le guerrier qui vient de me sauver a dit que cette marée monstrueuse pourrait être une invasion de Nid. »
L’atmosphère devenait lourdement présagienne.
Les sept (huit) grands Nids anciens allaient-ils vraiment lancer une offensive contre un minuscule bourg de Rhein ?
J’aurais peut-être mieux fait de déguerpir.
Cette pensée germa dans l’esprit de Lu Cang.
« Mmh… je l’ai entendu murmurer, si cet assassin avait été infecté par des vers du visage. »
« Alors il s’agirait peut-être du 【Essaim-Nid】. »
Vers du visage.
Un type de monstre de quatrième palier, dénué de presque toute capacité de combat ; un aventurier de niveau un aurait pu les pulvériser d’une tape.
Mais ils arrivaient à s’infiltrer dans la peau d’une créature vivante, nager à travers jusqu’au visage et contrôler ainsi les actes et les pensées de leur proie.
Ils apparaissaient souvent groupés aux côtés d’autres monstres. Quand ceux-ci assommaient leurs victimes ou les repoussaient au bord de la mort, les vers du visage profitaient de la faille pour envahir.
Les corps contrôlés par les vers du visage, techniquement encore en vie, étaient en réalité déjà morts.
Ils devenaient alors des guerriers fidèles de l’essaim, voués corps et âme à celui-ci.
Ce peu de réflexion qui leur restait ne servait qu’à exécuter les ordres de la colonie.
Les possédés pouvaient même y gagner une vitesse de réaction, une acuité sensorielle et une vitalité accrues. Leur puissance au combat pouvait même dépasser celle de leur vivant.
« Rugissement ! »
Bang — grondement sourd.
Au loin monta une autre clameur tonnante, suivie par le craquement d’arbres abattus d’une traînée. Les aventuriers de niveau cinq semblaient avoir repris l’engagement quelque part au fond.
Une colonne de lumière s’élança de nouveau vers le ciel, à l’horizon !
Il distingua vaguement trois immenses entailles verticales lacérant l’air !
Les combats entre aventuriers de niveau cinq étaient véritablement spectaculaires.
« De rang Roi. »
Mais soudain, l’observatrice lança un premier avertissement.
Lu Cang porta son regard vers un secteur du champ de bataille et vit une créature semblable à un mille-pattes trainant quatre chaînes s’avancer hors de la forêt lointaine.
Son torse était humain avec quatre bras, chaque main entraînant une chaîne, tandis que son bas de corps n’était qu’un long mille-pattes.
« Cruel Esvaro. »
« Son point faible se situe au niveau des articulations des pattes. Y frapper permet de les trancher. Les chaînes qu’elle tient sont d’une résistance extrême. Sa partie inférieure craint le feu, sa partie supérieure la glace, et elle peut soigner ses blessures en dévorant des cadavres. »
Voilà ce qu’une observatrice savait faire.
Avoir quelqu’un qui signale les faiblesses aidait vraiment beaucoup.
Mais à l’instant suivant, le visage de Lu Cang se rembrunit.
Le monstre de rang Roi sortant de la forêt n’était pas le seul.
« Roi-Araignée à Visage Maléfique, rang Roi. »
« Roi des Abeilles Noires Vives, rang Roi. »
« Papillon-Tourment, rang Roi. »
« Essaim-Nid Explosif, rang Roi. »
…
L’observatrice énuméra les noms de ces monstres les uns après les autres.
« Lu Cang, leurs regards semblent tous se poser sur toi. »
D’accord, je files.
Un assassin reste un assassin ; c’est mieux que crever ici.
Lu Cang fit aussitôt volte-face, de la glace glaciale se condensant sous ses pieds.
Désolé, les gars là-bas…
« Ma sœur, prie-les de fuir eux aussi. Même moi, je peinais à gérer autant de monstres de rang Roi d’un coup. »
« Une fois la marée monstrueuse retombée, nous reprendrons le bourg. »
Pourtant, l’observatrice resta ferme.
Elle répondit : « Le bourg de Rhein dispose d’un cercle magique protecteur laissé par Iz. Si besoin, nous pouvons l’activer pour défendre la cité. »
« D’ailleurs, n’avons-nous pas reçu la bonne nouvelle d’Iz et des autres ce matin ? »
« À présent, ils doivent être en route pour rentrer en hâte. Tant qu’on attend leur renfort, tout ira bien. »
Lu Cang serra les dents.
Tu aurais pu mentionner ce cercle protecteur plus tôt.
Bof, il resterait à les couvrir encore un petit moment.
Lu Cang soupira, dissipa la navette de glace sous ses pieds et lança à l’observatrice : « Ma sœur, mes ressources sont limitées… je ferai de mon mieux. »
« Mmh, le fait que le bourg de Rhein tienne encore désormais ne doit qu’à ton aide, Petit Lu Cang. »
Lu Cang n’avait franchement aucune résolution passionnée pour mourir avec le bourg de Rhein. Dès que la tournure des événements semblait mauvaise, il songeait immédiatement à battre en retraite pour survivre.
Lu Cang jeta un regard au loin sur cette douzaine de monstres de rang Roi.
Les aventuriers de niveau quatre les avaient déjà rejoints dès les premières secondes. Combattre en tant que niveau quatre contre des monstres de troisième palier de rang Roi ne semblait pas les embarrasser outre mesure.
Le passage du niveau trois au quatre représentait un cap, signe que le quatrième palier marquait un changement qualitatif dans la force brute.
Toutefois, ils étaient trop peu nombreux et ne pourraient au mieux qu’en immobiliser deux ou trois.
Il en restait encore douze…
Non, un autre venait de sortir des bois — treize.
Presque tous relevaient en pratique de sa responsabilité.
Ils manquaient vraiment cruellement de bras.