Lorsque nous arrivâmes à l'école, Madame Anais et Monsieur Lionel nous attendaient. D'après Madame Anais, elle avait reçu un message de mon père.
« S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour t'aider, n'hésite pas, Leafa. »
Même si j'étais devenue collégienne, je réalisai une fois de plus que j'étais encore considérée comme une enfant dans ce monde. Du temps de Glass, je n'avais d'autre choix que de vivre seule à cet âge, mais Leafa pouvait compter sur ses parents et les adultes qui l'entouraient.
« Merci beaucoup. Madame Anais, j'ai une faveur à vous demander. » « … De quoi s'agit-il ? »
Madame Anais répondit avec sincérité, et Monsieur Lionel acquiesça.
« Madame Anais, Monsieur Lionel, j'ai besoin de votre aide. À l'avenir, j'espère mettre au point un traitement pour la maladie de ma mère — pour l'instant, il me faut votre assistance pour créer un suppressif qui en stoppe au moins la progression. »
Pour être honnête, je voulais faire une pause dans mes études et me concentrer sur la création d'un suppressif de la Maladie de la Pierre Noire en utilisant les installations et les matériaux de l'école. Cependant, je décidai de demander leur aide pour ne pas les inquiéter.
« … Je savais que tu dirais quelque chose comme ça. »
Ni Madame Anais ni Monsieur Lionel ne furent surpris quand j'évoquai le suppressif de la Maladie de la Pierre Noire. Mieux encore, Monsieur Lionel me montra un dossier de documents de recherche qu'il avait réunis après avoir appris l'état de ma mère par mon père.
« Merci beaucoup. Puis-je y jeter un œil ? » « Bien sûr. Tu peux garder cette copie. »
Je parcourais rapidement les feuilles que me tendait Monsieur Lionel. Bien que ce ne fût pas aussi avancé que les recherches de Glass, il semblait qu'un jeune chercheur étudiait les effets de l'herbe Almoria comme suppressif de la Maladie de la Pierre Noire. Toutefois, les derniers travaux dataient de cinq ans, ce qui suggérait que les études de suivi étaient improbables. Mais cela jouait en ma faveur.
« … Monsieur Lionel, cette recherche utilisant l'herbe Almoria est la plus proche de la théorie de ma mère et de la mienne. »
L'herbe Almoria, aussi appelée herbe Mimique, était principalement connue comme ingrédient des potions de transformation. Ses feuilles pouvaient imiter les pigments des objets environnants, ce qui leur permettait de changer de couleur à volonté. Cette caractéristique de mimétisme pigmentaire était très prisée en alchimie, et Glass l'avait utilisée avec succès pour répliquer des cellules humaines.
« Nous envisageons d'utiliser les propriétés de l'herbe Almoria pour "répliquer" des cellules humaines et remplacer celles affectées par la Maladie de la Pierre Noire. Pour ce faire — »
J'exposai brièvement les recherches de Glass en désignant les passages pertinents des documents. Je me souvenais de tout, sauf de la recette exacte. C'était l'unique accomplissement de ma vie antérieure dont je pouvais encore être fière. Je devais m'en servir pour aider quelqu'un, cette fois.
« … Pas une mauvaise perspective. Mais il nous faut nous presser si nous voulons la concrétiser. »
Le propos de Monsieur Lionel était juste. Une fois que la Maladie de la Pierre Noire atteignait un stade avancé, la régénération cellulaire devenait difficile. Le suppressif que j'avais mis au point n'était essentiellement qu'un traitement palliatif. Si le rythme de remplacement des nouvelles cellules ne suivait pas la progression de la maladie, il finirait par échouer.
« Je comprends. Permettez-moi de commencer immédiatement le travail sur un prototype. » « … Entendu. À titre dérogatoire, nous vous accordons un congé. Bien entendu, vous conserverez un accès total à toutes les ressources et avantages de l'école. »
Ah, cette école respectait vraiment la volonté des élèves jusqu'au bout. Le fait que Madame Anais, qui n'était pas la directrice, réponde sur-le-champ signifiait que l'école avait déjà décidé comment traiter mon cas. Elles respectaient mes souhaits et étaient prêtes à me laisser faire le nécessaire. Ces personnes étaient là depuis tôt le matin pour m'offrir ce soutien.
« Merci beaucoup. Je suis fière d'être élève de cette école. » « Merci, Leafa. … Je suis une fois de plus émerveillée par ta sagesse et ton talent éblouissant à un si jeune âge. » « … J'ai l'impression que nous assistons à la naissance d'une recherche remarquable, en parfaite adéquation avec la philosophie de cette académie. »
Sur les mots de Monsieur Lionel, les yeux de Madame Anais se mirent aussi à briller de larmes. Si j'avais poursuivi mes recherches pour le bien de l'humanité dans ma vie antérieure, les choses auraient peut-être été différentes. Mais maintenant, ressusciter la même recherche dans cette vie n'était peut-être qu'une ironie du sort aux yeux des déesses.
Cependant, compte tenu des avancées de la médecine moderne, cela valait peut-être la peine d'explorer cette voie. Je n'avais jusqu'ici qu'une idée vague de l'avenir, mais si je parvenais à réaliser la fusion de l'alchimie et de la médecine, j'étais sûre que cela profiterait à quelqu'un.
Grâce au soutien exceptionnel du collège privé Saint-Salaius, je pus rassembler tous les matériaux nécessaires dès le début d'après-midi. Si se procurer l'herbe Almoria elle-même s'avéra difficile, j'obtins en échange une petite quantité de son fluide de culture, ce qui me fit au final gagner du temps.
L'analyse de cet article par Monsieur Lionel facilita l'acceptation de ma théorie, me permettant d'entamer des recherches expérimentales de suivi dans l'après-midi.
Les matériaux nécessaires comprenaient le fluide de culture d'herbe Almoria, une solution de mana liquéfiée physiologique agissant comme catalyseur pour les corps humains, et la forme en poudre des cinq pierres magiques élémentaires : feu, eau, vent, terre et foudre.
De plus, il me fallait un échantillon de la Matière Noire à l'origine de la Maladie de la Pierre Noire. Normalement, celle-ci était invisible sans Œil Pur, mais on me fournit une petite quantité d'une forme hautement concentrée. Avec cela, j'utiliserais mes propres cellules extraites pour simuler le déclenchement de la Maladie de la Pierre Noire à l'intérieur de l'appareil expérimental. La manipulation était stricte, nécessitant gants, vêtements de protection et réalisation du travail dans une enceinte de sécurité maintenue en dépression.
Avant l'arrivée des professeurs, je transcrivis la recette de Glass depuis l'Ars Magna et mélangeai précisément les poudres de pierres magiques.
Les poudres de pierres magiques servaient à stabiliser les cellules restaurées par l'herbe Almoria. En combinant les poudres en un médicament au plus près de la composition élémentaire du corps, le remplacement des cellules malades par des cellules saines pouvait démarrer en douceur. Ne disposant pas du luxe d'observer le processus naturel, j'employai une formule simplifiée que j'avais utilisée pour Hom afin d'accélérer intentionnellement le taux de remplacement cellulaire. Cette technique n'était réalisable que parce que le sujet était des cellules, et non un être humain vivant.
En conclusion, l'expérience fut un succès.
Les cellules qui avaient développé la Maladie de la Pierre Noire simulée furent remplacées par des cellules saines restaurées grâce à l'herbe Almoria, et les taches noires diminuèrent visiblement. Cela confirma la validité de ma théorie, me permettant de passer à la création d'un réactif plus applicable cliniquement. J'avais déjà retrouvé l'Ars Magna pour la recette. Il ne me restait plus qu'à feindre quelques essais-erreurs pour perfectionner le réactif.
Cependant, avant de poursuivre, il me faudrait acquérir une grande quantité d'herbe Almoria. De plus, je devais prélever certaines cellules de ma mère pour générer les nouveaux noyaux cellulaires.