La veille du Nouvel An, le vent glacial était mordant.
Quand tous deux arrivèrent sur la place du Peuple, une foule s'y était déjà massée dès l'aube pour s'assurer les meilleures places.
L'endroit fourmillait de monde, une foule compacte qui se déplaçait en un flux ininterrompu.
« Il y a tant de monde... »
Face à la densité de la foule, Ye Zhenzhen se sentit un peu intimidée.
Ce n'était pas de l'anxiété sociale ; la jeune fille taciturne n'aimait tout simplement pas les grandes foules.
Gu Ran, lui, était différent. Il se tourna, sourit et dit : « Allez, les fêtes, c'est fait pour être animé, avec plein de monde ! »
De peur qu'elle ne se perde, il tendit le bras, saisit Ye Zhenzhen par le poignet et l'entraîna dans la foule.
« Toi... »
Voyant son poignet capturé, les yeux distants de Ye Zhenzhen s'écarquillèrent de surprise.
Elle voulut dire quelque chose, mais les mots arrivèrent à ses lèvres pour être ravalés, pour une raison qu'elle ignorait.
Se laissant docilement tenir par Gu Ran, elle pinça les lèvres et suivit ses pas.
En relevant la tête, elle vit que des lumières multicolores illuminaient déjà les alentours, et l'odeur des feux d'artifice flottait dans l'air.
On aurait dit que la température de ce soir était bien plus douce, surtout à son poignet, qui lui brûlait...
Gu Ran la guida en slalomant entre les gens, la protégeant tandis qu'ils se faufilaient jusqu'à dénicher une place au premier rang.
Tous deux s'arrêtèrent, et Gu Ran relâcha son poignet pile au bon moment.
Sentant la chaleur brûlante quitter son poignet, Ye Zhenzhen inspira discrètement, une pointe d'inhabituel apparaissant sur son visage d'ordinaire si calme.
Portant légèrement la main pour glisser une mèche rebelle derrière son oreille, elle se tourna vers le centre de la place.
Désormais, le centre de la place était bouclé, et une plateforme de tir sommaire y avait été dressée.
Des employés s'affairaient à déposer des caisses de feux d'artifice sur la plateforme, à tirer les mèches et à les relier entre elles.
Gu Ran savourait le contact délicat qui persistait sur sa main. Bien que la saisir eût été un geste inconscient, il n'avait pas lâché le poignet de la fille, même après s'en être rendu compte.
Pas d'autre raison ; c'était juste trop bon de le tenir.
Il sortit son téléphone pour vérifier l'heure ; il restait trois minutes avant le début du feu d'artifice.
Se sentant un peu maladroit, il le fourra dans sa poche, songeant à s'acheter une montre après le gaokao.
Il n'y pouvait rien ; sortir un téléphone encombrant rien que pour l'heure, ça faisait un peu trop bête...
Il jeta un coup d'œil à Ye Zhenzhen à ses côtés. À cet instant, ses yeux brillaient de gravité, son joli petit visage tout entier tendu tandis qu'elle fixait intensément le point de tir au centre.
Trouvant ça assez drôle, il tirailla la haute queue de cheval de la fille. « Pourquoi es-tu si tendue ? On est là pour s'amuser, il faut te détendre ! »
Sentant qu'on lui tirait les cheveux, Ye Zhenzhen se retourna sur-le-champ, les yeux emplis d'une gêne contrariée.
Elle chassa sa main taquine d'une claque et le dévisagea, se demandant ce qui lui prenait et pourquoi il aimait tant lui tirer les cheveux.
« Ce soir, en rentrant, tu fais un devoir en plus ! »
Gu Ran resta sans voix.
Sa main claquée resta en suspens tandis qu'il regardait la fille devant lui, sidéré et confus.
Bon sang, je t'emmène voir les feux d'artifice et tu mords la main qui te nourrit ?!
Il eut envie de plaider sa cause, mais juste au moment où il ouvrait la bouche, la fille, les yeux rivés sur le feu d'artifice, lâcha sans même tourner la tête : « Deux devoirs ! »
« ... »
Bon, bon, bon. De toute façon, il ne tenait pas plus que ça à lui tirer la queue de cheval !
À moins qu'elle ne finisse par se faire des couettes, un jour... là, peut-être qu'il y songerait...
Boum !
19h30 sonna, le personnel alluma le feu. Les mèches brûlèrent vite, et des grappes de fusées s'élancèrent vers le ciel.
Les feux d'artifice éclatèrent dans le ciel nocturne comme un magnifique tableau.
Rouge comme le feu, bleu comme la mer... Les couleurs se répondaient, parant toute la place d'un air de féerie.
À regarder les explosions dans le ciel, Ye Zhenzhen esquissa malgré elle un sourire.
Certes, c'était du temps d'étude gaspillé, mais elle dut reconnaître que c'était vraiment beau.
Domage qu'elle n'ait pas d'appareil photo pour saisir la scène sous ses yeux.
Les feux d'artifice continuaient d'éclore dans le ciel, projetant leurs lumières colorées sur son visage, mais elle détourna le regard vers le garçon à ses côtés.
C'était sa première fois qu'elle venait voir un feu d'artifice, et elle n'aurais jamais imaginé que ce serait avec lui...
Un nouveau membre de la famille ?
C'était en fait plutôt sympa...
Sentant son regard, Gu Ran, qui profitait tranquillement du spectacle, tourna la tête. Il leva un sourcil vers elle et sourit en plissant les yeux.
« Ye Zhenzhen ! »
Le brusque cri du garçon fit tressaillir la fille à ses côtés.
« Q-que fais-tu ? Les gens regardent... »
Remarquant les regards autour d'eux, Ye Zhenzhen ne put plus maintenir son air distant. Le visage rougi, elle tira sur son bras, gênée.
« Bonne année. »
Cette fois, Gu Ran baissa la voix. Le sourire sur son visage était si sincère qu'elle en fut malgré elle fascinée.
Un sourire complice apparut involontairement sur son visage. Les yeux de Ye Zhenzhen brillaient de joie, et, imitant son geste, elle forma un porte-voix de ses petites mains autour de sa bouche.
« Gu Ran, bonne année ! »
Le cri de la fille se noya dans les explosions, mais Gu Ran l'entendit distinctement, et un sourire chaleureux se refléta sur son visage...
Dimanche matin, Gu Ran se leva tôt. Une fois habillé, il alla dans la chambre de la fille d'à côté comme s'il rentrait chez lui.
Il passa encore par la porte-fenêtre du balcon, car, sur son insistance appuyée, Ye Zhenzhen ne la verrouillait plus.
D'abord, il l'aida à ouvrir les rideaux, puis il tira la fille encore endormie pour la forcer à se lever.
« Beu... quelle heure il est... »
Sachant que c'était lui, Ye Zhenzhen plissa les yeux tandis qu'on la redressait en position assise, sans éprouver la moindre frayeur.
Au contraire, elle garda naturellement les yeux fermés et s'effondra vers l'avant, s'appuyant contre le corps de Gu Ran.
Pour une raison quelconque, elle se sentait incroyablement fatiguée ce matin-là.
« Il est déjà sept heures, dépêche-toi de te lever ! »
Rattrapant la fille qui semblait sans os, Gu Ran libéra une main pour lui pincer le nez, la forçant à ouvrir les yeux.
Entendant qu'il était sept heures, Ye Zhenzhen secoua la tête, sentant la somnolence dans son esprit refuser de se dissiper.
Toujours à moitié endormie, elle montra sans le vouloir un côté mignon et candide. Posant la tête contre Gu Ran, elle le poussa doucement et dit : « Laisse-moi dormir encore un peu... »
Mais avec ce grand mouvement, elle ressentit soudain une sensation d'humidité venant du fond du lit.
Elle s'éveilla brutalement, les grands ouverts, instantanément alerte.
« Q-quelle date sommes-nous aujourd'hui ? »
Entendant cette question, Gu Ran cligna des yeux, perplexe.
Ils venaient tout juste de regarder le feu d'artifice de la Saint-Sylvestre hier soir, et elle demandait la date dès le matin ?
C'est comme ça que fonctionnent les majors de promo ?
Vraiment impressionnant...
Cependant, face à l'expression dénaturalisée de la fille, il parut deviner vaguement quelque chose, et son regard dériva inconsciemment vers le bas.
Remarquant son regard, Ye Zhenzhen rougit instantanément de gêne. Mordant sa lèvre, elle le foudroya du regard.
« Qu'est-ce que tu regardes ?! »
La voyant parler sur ce ton, Gu Ran cligna à nouveau des yeux, l'air tout à fait innocent.
« On ne va pas courir ce matin ? » demanda-t-il en relevant un sourcil, sur un ton hésitant.
Ye Zhenzhen secoua vivement la tête, refusant très catégoriquement.
Voyant ça, Gu Ran comprit tout à fait. Il demanda d'une voix basse : « C'est ce moment du mois ? »
Ye Zhenzhen resta sans voix.
Ahhh, comment pouvait-il poser une telle question à haute voix !
Ses yeux distants s'écarquillèrent sur l'instant, et son joli visage devint rouge vif, comme un crabe à la vapeur.
« Toi... toi... »
Bégayant sans savoir quoi dire, elle n'eut d'autre choix que de continuer à mordre sa lèvre, le dévisageant d'une gêne extrême...