« Papa ! »
Dania interpela DeHeen en l'appelant « papa ». C'était un changement qu'elle s'efforçait de maintenir depuis qu'elle avait décidé de renverser son destin malheureux.
D'ailleurs, sans qu'il s'en aperçoive, DeHeen s'était déjà habitué à ce que Dania l'appelle ainsi.
« Tu es arrivée. La robe te va à ravir. »
Les lèvres de DeHeen s'étirèrent en voyant Dania dans sa nouvelle tenue. C'était un plaisir de lui acheter des vêtements, bien que tout lui aille, peu importe combien il cherchait.
DeHeen accompagna Dania jusqu'à la calèche.
« Où allons-nous ? »
« Tu le sauras quand nous y serons. »
Après avoir évoqué la sortie précédemment, DeHeen garda le secret sur leur destination. La curiosité de Dania grandit au fil du trajet.
Heureusement, leur destination se trouvait sur les terres de Tersia, le trajet ne dura donc pas longtemps.
« Votre Grâce, ce sont les montagnes. » (Ben)
« Cela semble pire que je ne l'imaginais. » (DeHeen)
Dania posa les yeux sur les sommets.
Le panneau planté devant l'entrée indiquait « Accès interdit ». Elle ne comprenait pas pourquoi il l'avait menée là alors qu'il n'y avait pas encore de route.
« Dania, nous allons gravir cette montagne à partir d'ici. »
DeHeen regarda Dania, l'air grave. Puis il lui tourna le dos avec indifférence.
« Pourras-tu l'escalader ? »
« Hein ? Pourquoi ? »
« C'est un sentier escarpé, ce sera dangereux. »
DeHeen craignait que Dania ne s'épuise. La seule raison pour laquelle il l'avait emmenée là était de lui montrer sa surprise. Toutefois, ce n'était pas pour la forcer à marcher sur un tel sentier.
« Votre Grâce, je porterai Mademoiselle sur mon dos. »
« Moi aussi, je me porte volontaire ! »
Les chevaliers d'escorte se pressèrent pour empêcher DeHeen de porter Dania lui-même. Il était DeHeen, le Grand-Duc.
« Recullez. Je la porterai. »
Pourtant, tous leurs efforts furent lamentablement stoppés par le regard meurtrier de DeHeen.
Bien sûr, DeHeen ne porterait pas Dania sur son dos non plus.
« Je peux marcher. »
C'était parce que Dania affirma qu'elle marcherait par elle-même. Elle ricana et répondit que ce n'était pas si grave.
DeHeen se tint aux côtés de Dania et soupira.
« Très bien, mais si tu as du mal, tu dois me le dire. »
« Oui. »
C'est ainsi que commença la sortie. Dania s'efforçait de garder l'équilibre et posait le pied sur les nombreuses pierres rugueuses pour suivre le rythme de DeHeen. Cependant, ses pas rapides étaient tout simplement trop vifs pour être suivis. La différence était trop grande dès le départ.
« Houff, houff. »
Dania finit par appeler DeHeen lorsque la distance entre eux s'élargit considérablement.
« Papa ! »
DeHeen se retourna, surpris. Après avoir aperçu Dania, bien loin derrière, il fit immédiatement quelques pas vers elle.
« Je m'excuse. J'imagine que j'allais trop vite. »
Ce n'était pas par manque de considération pour Dania, mais il n'avait honnêtement jamais marché en s'adaptant au rythme de qui que ce soit auparavant.
DeHeen se sentit découragé en attendant patiemment que Dania reprenne son souffle.
Ne voulant plus être séparée de DeHeen, Dania agrippa le bas de ses vêtements.
« Sa mignonnerie va me tuer. »
Le cœur du père épris fondit en observant sa fille s'accrocher à lui de peur qu'ils ne se séparent à nouveau. DeHeen prit la main de Dania.
« Si tu ne veux pas que je te porte sur mon dos, tenons-nous par la main. Ainsi, le rythme conviendra à tous les deux. »
« ... Oui, Papa. »
Dania serra la grande main de DeHeen. Elle était très chaude et c'était agréable de marcher ainsi, main dans la main.
Ils parvinrent au milieu de la montagne peu de temps après. En suivant le sentier, une vallée profonde apparut.
Cling, cling.
On entendait des coups de pioche au-dessus.
Dania se mit sur la pointe des pieds, curieuse de connaître la source du bruit. Néanmoins, c'était trop loin pour distinguer quoi que ce soit.
« Attends. »
DeHeen souleva Dania.
« Oh, mon Dieu ! »
« Ça va ? Tu vois ? »
Dania resta bouche bée. Mais elle ne fut surprise qu'un instant.
Elle voyait beaucoup plus loin maintenant qu'elle était assise sur l'épaule de DeHeen. Ses yeux pétillèrent, car c'était la première fois qu'elle voyait quelque chose à une telle hauteur.
« Oui, je vois très bien. Des gens creusent quelque chose... »
« Oui, c'est une mine de diamants. »
« Diamant ? Wahou... Je n'en ai jamais vu. »
« Tu t'en lasseras vite. »
DeHeen parla calmement à Dania, qui était, elle, totalement émerveillée par le site minier qu'elle n'avait jamais vu de sa vie.
« Tout cela est à toi maintenant. »
« Qu'est-ce qui est à moi ? »
Dania, qui écoutait en silence, demanda sur un ton surpris.
« C'est un cadeau de ma part. »
« La mine entière... ? »
« Ouais. Tout ce que tu vois est à toi désormais. »
La bouche de Dania s'ouvrit progressivement.
Le ton de DeHeen restait indifférent, comme si ce n'était rien.
Pourtant, pour Dania, une personne qui n'avait jamais reçu quoi que ce soit qui ressemblât à un cadeau, les yeux devinrent ronds.
« Merci, mais c'est trop ! »
« Ce n'est pas beaucoup. »
DeHeen déposa délicatement Dania au sol. Il la rassura pour qu'elle ne se sente pas obligée.
« Tu n'es pas obligée d'utiliser les diamants. Tu peux les vendre, les partager, les gérer à ta guise. »
« Hein, les aristocrates s'échangent-ils habituellement des cadeaux comme ça ? »
Dania demanda, véritablement curieuse.
« Non, ces mines sont le moyen de subsistance des aristocrates... pas quelque chose qu'on offre en cadeau. »
La réponse de Ben alourdit son fardeau psychologique. Alors que Dania hésitait, DeHeen demanda ce qui l'inquiétait tant.
« Tu n'es pas n'importe quel aristocrate, tu es ma fille. Accepte-le avec assurance. »
Ces mots ramenèrent Dania à elle.
Elle semblait avoir été piégée dans un état d'esprit qu'elle s'était créé et se retenait inconsciemment.
Comme l'avait dit DeHeen, il était Grand-Duc. Il n'aurait pas été étrange d'offrir un territoire entier en cadeau, pas seulement une mine.
« C'est vrai. Je dois avoir confiance. »
Le cadeau n'était que quelque chose pour lequel être reconnaissante.
« Oui, merci. »
DeHeen hocha la tête, satisfait de sa réponse.
« Votre Grâce, nous sommes prêts. »
Ben se tenait près des deux depuis un moment et interrompit poliment la conversation.
Les yeux de Dania distinguèrent un tissu rose vif étendu au loin.
Il ne s'accordait pas du tout à la mine, néanmoins c'était quelque chose que DeHeen avait ordonné d'apporter pour un court goûter avec Dania.
DeHeen se dirigea vers l'endroit en premier. Puis il fit signe à Dania, qui penchait la tête, confuse depuis tout à l'heure.
« Faisons une pause. »
« Oh, oui ! »
Dania, un instant décontenancée, courut vers l'endroit où se trouvait DeHeen.
Le tissu était si grand que même si Ben s'asseyait avec eux deux, il resterait encore de la place.
« Voici du café. J'ai préparé du chocolat chaud pour Mademoiselle. »
Dès que Ben s'assit, il versa les boissons. C'était incroyable que DeHeen ait apporté ces choses.
Houu.
Dania souffla sur son chocolat chaud et en but une gorgée. Le parfum sucré et sombre du chocolat lui chatouilla le nez.
Au début, elle était trop gênée pour le remarquer, mais s'asseoir sur la nappe donnait l'impression qu'ils étaient en pique-nique.
« C'est amusant. »
On murmurait que DeHeen était froid avec les autres, mais devant Dania, il était plutôt affectueux.
Dania remuait les pieds, ayant l'impression d'être venue à cette sortie avec son vrai père.
« Il y a aussi des gâteaux. »
Sur un geste de DeHeen, toutes sortes de desserts et de sandwichs furent posés sur la nappe. Tout était au goût de Dania.
DeHeen mit la nourriture devant Dania.
C'était son plaisir de la regarder manger avec délice.
Après que Dania eut fini une assiette, DeHeen attrapa immédiatement autre chose.
En conséquence, son ventre se remplit vite. Dania secoua la tête, incapable d'en prendre davantage.
« Pourquoi ? C'est mauvais ? »
« Non ! Mon ventre est plein... »
« Alors faisons une pause. »
DeHeen posa le gâteau, l'air regrettant.
Dania pensa qu'elle avait de la chance et mâcha la tarte dans sa bouche.
« Attends. »
Il y avait des miettes sur les lèvres de Dania. DeHeen tendit la main naturellement et lui essuya la bouche lui-même.
Dania n'évita pas les mains de DeHeen. Elle semblait maladroite pourtant familière avec ses gestes.
« Tu ne te recules plus. »
Auparavant, Dania tressaillait chaque fois que DeHeen tendait la main vers elle, mais cela diminua vite. Ses expressions avaient changé autant que cela.
Maintenant, son visage morose empli de chagrin avait disparu et elle semblait son âge.
DeHeen était ravi et ne pouvait détacher ses yeux de Dania. Elle semblait plus adorable de jour en jour.
« Dania. »
Dania releva vivement la tête de sa tasse.
« Oui ? »
« Ton séjour est confortable ? »
« Tout le monde est si gentil. »
Dania hocha vivement la tête. Le sourire de DeHeen s'approfondit à sa mignonne apparence.
« Pourquoi ne manges-tu pas ? »
Dania lui tendit un beignet en remarquant que DeHeen s'était occupé d'elle mais pas de lui.
« Papa, mange-en un. »
Bien que DeHeen ne touchât jamais aux sucreries, il ne put s'empêcher d'accepter puisque c'était Dania qui le lui offrait.
« C'est délicieux puisque c'est toi qui me le donnes. »
DeHeen dit quelque chose d'aussi embarrassant sans que son expression ne change d'un iota.
Ben se pinça le dos de la main, doutant de ses oreilles.
« Ils ne me croiraient pas si je leur disais. »
Aucun des vassaux ne croirait que DeHeen soit capable de dire de telles choses.
Dania, bien que gênée, s'efforça de graver ce souvenir profondément en son cœur. Elle eut l'impression de s'être rapprochée de DeHeen.
Pendant que les deux parlaient, Ben se rendit à la mine et rapporta quelques-uns des diamants que les ouvriers avaient extraits.
« Mademoiselle, j'en ai apporté quelques-uns pour que vous célébriez. »
Le panier de Ben était rempli de diamants couverts de terre. Ils étaient tous d'une belle taille.
Lorsque Dania reçu le panier, elle posa son menton dessus et resta bouche bée devant ces merveilles.
« Wahou, c'est si brillant. »
Bien que pas entièrement révélés, c'était bel et bien une pile de diamants.
Dania n'avait jamais possédé une telle fortune. Avant d'entrer au temple, elle luttait toujours contre la pauvreté.
Elle ne pouvait même pas faire de dons par manque d'argent. Dania devait toujours regarder de loin la nourriture qu'elle voulait manger, et ne pouvait pas porter de vêtements neufs.
Bien qu'elle se soit adaptée à la vie aisée du Grand-Duc, ses habitudes de dépense n'avaient pas changé.
À cet instant, cependant, le fait qu'elle était la fille du Grand-Duc lui parut plus réel que jamais.
« Je suis devenue super riche. »
Elle ressentit de l'amertume, pourtant, d'une manière ou d'une autre, un sourire lent vint se fixer au coin de sa bouche.