Sans sa perturbation, le travail en cuisine s'acheva vite.
Quatre plats, une marmite de soupe et deux bols de riz translucide furent rapidement servis et disposés sur la table par Chen Yunsheng. Côté allure et parfum, les mets avaient passé l'épreuve.
… Mais c'était prévisible. Comment aurait-il pu justifier six mois de cours de cuisine sinon ? Un coup d'œil aux plats suffit à Ji Fanyin pour mesurer la profondeur de l'enseignement.
Même s'il devait caser les cours sur son temps libre hors travail, six mois avaient suffi pour qu'il acquière une multitude de techniques culinaires.
Ji Fanyin saisit ses baguettes et piqua dans le plat le plus proche, une assiette de lamelles de pommes de terre sautées au poivron vert.
C'était un plat populaire et bon marché, à la préparation réputée facile. Pourtant, le sublimer relevait d'un tout autre défi. Aussi les restaurants l'utilisaient-ils souvent pour jauger le niveau des cuisiniers.
Ji Fanyin regarda Chen Yunsheng en portant la lamelle de pomme de terre à sa bouche.
Il la fixait intensément, comme un lycéen attendant ses résultats d'examen.
« Je ne me suis jamais fait de souci pour mes notes d'examen, jusqu'ici », dit Chen Yunsheng, résigné.
Ce fut à cet instant que Ji Fanyin réalisa qu'elle avait verbalisé ses pensées.
Elle ricana en mâchant les lamelles de pomme de terre. Après une courte pause, elle poussa un profond soupir.
Les poils de Chen Yunsheng se dressèrent tandis que des sirènes d'alarme hurlaient en lui.
D'une voix basse, Ji Fanyin dit : « Si tu continues comme ça, je crains que notre studio ne soit bientôt envahi par des restaurateurs voulant te débaucher. »
Chen Yunsheng resta coi. Il demanda lentement : « C'est bon, au moins ? »
Ji Fanyin rit et le couvrit d'éloges généreux : « C'est délicieux. »
Chen Yunsheng exhalé un long soupir de soulagement, le poids lui quittant les épaules. Se tenant le front, il avait l'air de sortir tout droit d'une guerre.
Quelques secondes plus tard, il murmura : « Ils n'arriveront pas à me faire partir. »
« Hein ? » Ji Fanyin le regarda.
Chen Yunsheng leva les yeux vers elle et pressa ses lèvres. « Ce n'est rien. Goûte le reste, dis-moi ce qu'il en est. Comme ça, je pourrai les ajuster à ton goût la prochaine fois. »
Les sourcils de Ji Fanyin s'arquèrent.
*S'il y a une prochaine fois.*
Elle préleva un morceau de tendron braisé et le déposa dans son bol. La viande était à la fois tendre et juteuse. Mais pour apaiser les nerfs de Chen Yunsheng, elle décida de changer de sujet et se mit à parler travail.
« Les bandes originales de film, c'est vraiment passionnant ! C'est un élément indispensable qui donne vie au film ! Sans toi, je n'aurais jamais su qu'il existait cette voie après une licence de musique. »
« Ça veut dire que tu es satisfait du stage ? »
« Absolument », affirma Chen Yunsheng. « Même quand tu n'es pas là, je suis content parce que j'apprends plein de choses nouvelles et intéressantes. Je ne me lance pas dans cette industrie uniquement pour toi. »
« C'est parfait. Je suis ravie qu'un sang neuf rejoigne le milieu que j'aime. » Ji Fanyin but une gorgée de thé avant d'ajouter : « Surtout quand il est aussi doué. »
Chen Yunsheng racla doucement la gorge, gêné. Il demanda : « Doué, tu parles de moi ? »
« Bien sûr. » Ji Fanyin rit. « Ton mentor n'a cessé de te porter aux nues devant moi. »
« Je ne parle pas de M. Jiang. Toi, tu penses que je suis doué ? » Chen Yunsheng secoua la tête et reformula sa question.
Ji Fanyin le regarda du coin de l'œil.
Même si le jeune homme rougissait, son regard restait ferme et exhalait du courage.
Ce n'était pas une question qu'on pouvait éluder par une réponse dédaigneuse.
Elle décida donc d'adopter la franchise. Elle se redressa et le regarda droit dans les yeux. D'une voix claire, elle dit : « Que ce soit le basket, la cuisine, la musique, l'éducation ou n'importe quoi d'autre, j'ai toujours cru que tu possédais plus de talent que n'importe quelle personne ordinaire. Le plus important, c'est que tu n'as pas choisi de gâcher ces talents. Ça mérite d'être célébré. »